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Publié le 02/04/2019

PME et ETI européennes sont la clef de l’innovation

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Le début d’année 2019 marque un nouveau tournant pour l’industrie européenne. Après la France et l’Allemagne, la Pologne vient d’affirmer lors de la visite de Bruno Le Maire le 22 février dernier qu’elle investirait également dans l’« Airbus des batteries ». Preuve de l’engagement des États, le projet prévoit déjà de se doter d’1,8 milliard d’euros d’investissements. Cette dotation a pour objectif d’ici 2022 de construire deux usines de production de batteries, en Allemagne et en France. L’appui de la Pologne est une force, car son industrie possède déjà le savoir-faire tiré de la production d’une partie des batteries pour la Zoé de Renault.
 
L’enjeu de cette « Europe des batteries » est de taille. J’ai eu l’opportunité de participer à la réunion de travail PPE convoquée par le Président de la République à l’Élysée le 24 octobre dernier, à laquelle participaient les grands acteurs de l’énergie, de l’automobile et du bâtiment du CAC 40. A cette occasion, j’ai été frappé de constater que la moitié de la discussion a été consacré non pas tant à la production d’énergie qu’à son stockage. La préoccupation majeure de l’État français, au moment où un développement rapide de la voiture électrique devient stratégique, est la situation de dépendance du stockage de l’énergie vis-à-vis de la filière asiatique dans laquelle la France et l’Europe se trouvent actuellement. Le développement d’une « Europe des batteries » devient par conséquent essentiel pour la souveraineté nationale et européenne de notre industrie. Et si on prend en compte le fait que la batterie représente 50% de la valeur d’une voiture électrique, il est aisé de comprendre l’importance de ramener cette valeur, et l’emploi lié à sa production, en Europe.
 
Mais attention : le piège pourrait être de vouloir copier ce qui se fait déjà en Chine ou en Corée, et alors nous arriverions trop tard et raterions le coche, à la fois concernant la technologie mais également la compétitivité. Si l’Europe veut réussir cet « Airbus des batteries » - d’ailleurs le terme n’est sans doute pas approprié car l’expérience d’Airbus est unique et il n’est pas certain que ce soit un modèle pour d’autres filières industrielles -, il faudra mettre l’accent sur l’innovation, afin d’anticiper ce que sera la batterie du futur.
 
La batterie du futur sera nécessairement plus écologique, moins dépendante de métaux comme le cobalt. De nouvelles technologies apparaissent, comme les batteries à l’état solide, qui n’utilisent pas de cobalt. Les batteries de demain utiliseront de nouveaux matériaux moins rares et moins controversés, comme le zinc ou le soufre, voire des algues. C’est le sens de l’histoire que de conjuguer stockage d’énergie et recherche industrielle au service de l’environnement.
 
Dans ce contexte, oui, les grands groupes comme Total avec Saft, Siemens, Arkema ou Solvay auront un rôle fondamental et les moyens financiers de permettre à cette « Europe des batteries » de voir le jour pour concurrencer les Tesla, LG, Samsung, ATL, BYD et autres producteurs américains ou asiatiques. Mais ces grands groupes auront aussi besoin de l’esprit d’innovation et de l’agilité de nombre d’ETI et PME qui travaillent de manière parfois discrète, mais extrêmement efficace à l’amélioration des batteries lithium-ion d’aujourd’hui et aux batteries de futures générations de demain.
 
Les ETI et les PME jouent un rôle capital dans la transition technologique : étant focalisées sur des savoir-faire uniques et spécifiques, celles-ci créent des solutions technologiques de pointe pour répondre à ces enjeux à la fois sociétaux et industriels.
 
L’innovation au service de la planète n’est pas uniquement le combat des grands groupes. Nous, PME et ETI européennes, avons toute notre place à prendre dans ce grand projet. C’est aussi l’intérêt des pouvoirs publics et des grands groupes de nous associer à ce vaste et beau défi ! Pour être durable, l’avenir de l’industrie européenne doit intégrer les créateurs de solutions innovantes là où ils se trouvent, dans les creusets de l’innovation au cœur des territoires.