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Publié le 21/04/2020

Une invitation à repenser l’économie

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La pandémie actuelle engendre une crise économique sans précédent. Mais au-delà de ce drame, une autre catastrophe plus profonde, écologique, menace les habitants de notre Terre. Puisse cette situation inédite nous pousser à réinventer notre manière de gérer nos vies, nos relations et le monde. 

 
Alors que le conoravirus SARS-COV2 sévit, avec son lot de morts qui nous rappellent notre fragilité humaine, l’économie subit également de plein fouet l’impact de la fermeture des entreprises et de la chute de la demande. La perte de l’activité économique mondiale est actuellement de 50%, avec un arrêt brutal de secteurs entiers comme l’industrie automobile, le transport aérien ou le tourisme. Un tiers des salariés du secteur privé en France sont au chômage partiel. Aux États-Unis, déjà 20 millions d’américains se retrouvent au chômage[1]et certains prévoient déjà que ce chiffre pourrait doubler. En Inde, le confinement entraîne l’exode de millions de travailleurs sur les routes, à pied, à des centaines de kilomètres de chez eux. Comment ne pas penser aussi à l’impact de ce confinement mondial pour tous les microentrepreneurs qui, n’ayant aucune protection sociale, perdent tout ? Les économistes prévoient jusqu’à 10% de chute du PIB mondial en 2020. Les bourses mondiales se sont écroulées de 40% et ce n’est probablement que le début d’un cycle baissier de long-terme. Contrairement au krach boursier de 1929 ou à la crise des subprimes de 2008, cette pandémie met à l’arrêt l’appareil productif et anéantit par conséquent le cœur de l’économie réelle.
 
Cette catastrophe sans précédent à l’échelle planétaire a une autre particularité. Le sociologue Bruno Latour explique très bien, c’est une catastrophe économique majeure succédant à une catastrophe sanitaire majeure, ces deux catastrophes étant encapsulées dans une catastrophe sous-jacente encore plus importante qui n’a pas été jusqu’à présent traitée avec les moyens adéquats[2]. Je veux parler de la catastrophe écologique liée au chaos climatique et à la destruction du vivant, et avec celle-ci les conséquences terribles sur des centaines de millions de populations pauvres dans le monde. Le défi est pourtant énorme : nous devons réduire nos émissions de CO2par deux d’ici 2030 (dans 10 ans à peine !) pour espérer pouvoir atteindre la neutralité carbone au plus tard en 2050. 
 
Devant cette situation, deux attitudes sont possibles : celle qui consisterait à espérer la fin de la pandémie du coronavirus pour repartir « de plus belle » comme avant, avec en plus la volonté de rattraper le ralentissement constaté, ou celle qui réfléchirait à un autre avenir possible pour l’économie. Certains ont déjà pris position pour la première voie, comme Donald Trump, qui contrairement à l’Union Européenne, vient de revoir à la baisse les objectifs d’émissions de CO2mis en place par Barack Obama pour le secteur automobile[3]. Son but est de relancer la production des grosses cylindrées pour stimuler la production de pétrole et l’économie américaine après la crise sanitaire actuelle. Mais pour nous, hommes et femmes de bonne volonté qui voulons écouter les signes des temps, n’y a-t-il pas à accueillir une autre voie ?
 
Nous pouvons espérer trouver une solution tôt ou tard à la crise sanitaire. Probablement des vaccins seront inventés. Mais d’autres virus sont à craindre dans les années à venir, tant que nous n’aurons pas traité le problème à sa source et donc cessé de détruire la biodiversité. Nous entrons dans un nouveau cycle global, pour lequel nous devons écrire de nouvelles règles, concevoir de nouveaux objectifs, de nouveaux imaginaires. Il s’agit donc de nous adapter en profondeur et d’opérer une réorientation majeure de l’économie. Allons-nous continuer à viser une croissance sans cesse plus forte pour augmenter toujours plus les profits et les cours de bourse ? Allons-nous continuer d’envoyer par avion des tonnes de fleurs et de fruits dans le monde entier parce qu’ils arrivent moins cher sur les marchés que ceux de nos producteurs de proximité ? Allons-nous couvrir nos terres agricoles de panneaux photovoltaïques importés de Chine, alors que des solutions alternatives plus adaptées existent ? Allons-nous continuer à fabriquer d’énormes yachts de luxe dont la consommation de carburant peut atteindre 80 tonnes par jour ? Allons-nous retrouver les queues dans les supermarchés aux extérieurs des villes après avoir expérimenté le bienfait qu’apportent les petits commerces de proximité ?
 
La crise que nous vivons donne des pistes pour une économie plus humaine, solidaire, fraternelle. Nous constatons les bienfaits des circuits courts : l’importance de l’agriculteur et du maraîcher local qui nous nourrissent, et des petits commerces qui donnent vie aux quartiers. Nous apprécions le calme des villes, l’air de meilleure qualité et valorisons les moyens de transports plus écologiques : marche, vélo, bus électrique. Nous réalisons que la fourniture de biens alimentaires, pharmaceutiques et de première nécessité dépendent de fabrications locales. Des métiers parfois dévalorisés ont montré qu’ils étaient indispensables : soignants, chauffeurs, caissières, artisans, ouvriers de production… Sans eux l’économie ne fonctionne pas. Sans doute y a-t-il une invitation à revaloriser ces métiers si essentiels.
 
Le « comment faire » n’est pas connu. Il est à inventer, en s’inspirant des solutions qui émergent ici ou là : des industriels ont pu montrer à quelle vitesse ils pouvaient adapter leurs usines pour produire les masques, visières, gels, respirateurs, blouses ou gants qui font cruellement défaut. Poursuivons cet effort, pour que le confinement soit une chrysalide, première phase d’une métamorphose. Croyons qu’un avenir passionnant est devant nous. Peut-être cette épreuve sanitaire terrible ouvre-t-elle une voie nouvelle à accueillir en nous d’abord, dans un nouveau rapport au monde, pour inventer de nouvelles manières d’agir dans nos comportements individuels et collectifs pour l’économie.

Hubert de Boisredon